Yara de nouveau montré du doigt

Une fois de plus, près de St Nazaire, l’usine de fabrication du Nitrate d’Ammonium Yara est montrée du doigt. Elle écope enfin une amende de 61.500 € pour ne pas avoir respecté les valeurs limites de rejets. À en croire les diverses publications, cette firme ne connaît pas le mot « limite ». Pourtant, à 410 reprises, ce terme aurait dû être pris en compte en 2020 pour des pollutions à l’azote et aux phosphates dans les eaux. (ici). Déjà cet été, le site a été placé en vigilance renforcée par le ministère de la transition écologique. En France, treize sites industriels sont visés par cette injonction, à cause de dérives chroniques. 
Il est vrai qu’après l’incendie de Lubrizol et l’explosion dans le port de Beyrouth[1], les riverains se sentent peu, voire pas du tout informés  sur les installations industrielles qui les entourent. Pour inverser cette tendance, il est prévu de publier les rapports d’inspections dès janvier 2022.(ici) Cela est une bonne chose, mais pourquoi attendre 6 mois pour faire des publications ? Pire encore, certains travaux d’améliorations de la sécurité des installations débuteront seulement fin 2022 ( ici ).
Pendant ce temps, Yara continu de fabriquer 600.000 tonnes d’engrais par an et continuera, au quotidien, à détruire l’écosystème sur l’estuaire de la Loire. Un arrêté préfectoral mentionne 18 jours de pollution à l’azote et 29 jours au phosphate[2] venant des eaux industrielles ; pour les eaux pluviales, 256 jours à l’azote et 107 au phosphore. Au vu des volumes de production, l’amende serait de 10 centimes d’euro par tonne ! 
En 2020, Yara était déjà condamné à 300 € par jour depuis l’injonction d’obligation de travaux et à 3150€ pour le non-respect de traitement des rejets d’eaux. Mais rien pour l’absence de filtration des rejets atmosphériques. (ici). Pourtant, ce site a fait l’objet, de la part de Air Pays de la Loire, de 2 études en 2008 et 2016 (ici). Celles-ci avouent du bout des lèvres, des dépassements et préconisent des recommandations.
Cette multinationale génère un chiffre d’affaires de 13 milliards d’euros, pour elle le calcul est simple, il est plus rentable de ne rien faire et de continuer à polluer !
Mais voilà, Yara n’est pas la seule à faire des rejets toxiques de diverses natures. (ici et ). 
La présence de cette usine d’engrais en bordure de Loire, proche d’une raffinerie, pose déjà question. D’autant plus, avec un bassin de vie important tout proche (Nantes, et surtout Saint-Nazaire), regroupant plus de 600 000 habitants.
Depuis plusieurs mois, les habitants du secteur sont très inquiets pour leur santé. Un nombre important et inexpliqué de cancers se déclare dans ce bassin d’emplois.(ici ). 28 % de mortalité en plus, par rapport à la moyenne nationale !  Faut-il vraiment attendre 3 ans pour avoir la fin des études, alors que l’on sait qu’il y a des substances volatiles d’origines industrielles (ici ) qui ne demandent qu’à se répandre.
Par ailleurs, nous sommes en bordure d’un fleuve majeur dont l’évolution n’a cessé de se dégrader au cours de ces deux derniers siècles. Permettre des pollutions régulières et majeures entrent en contradiction flagrante avec les enjeux environnementaux dont notre président se fait le chantre depuis quelques jours. Mais de manière plus large, l’activité de l’usine Yara questionne sur la production et l’utilisation des engrais chimiques de synthèse qui sont massivement utilisés dans notre pays. Engrais qui en partie vont être lessivés dans les rivières et finir en mer, avec des impacts forts sur les écosystèmes, les espèces et la qualité des eaux de boisson, c’est-à-dire, en définitive sur notre cadre de vie et notre santé.
 
 
 
 
[1]Pour mémoire l’explosion qui a dévasté le port de Beyrouth et causé 170 morts et 3 500 blessés provenait du stockage de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium seulement ! Et 300 tonnes pour l’explosion de l’usine chimique d’AZF à Toulouse en 2001 (31 morts). Il ne faut jamais oublier que le nitrate d’ammonium constitue un agent explosif puissant qui entre dans la composition de nombreux explosifs et armes.
[2]Le phosphore est un élément fondamental de la matière vivante qui limite le plus la croissance d’un écosystème. En forte quantité dans les eaux, il entraîne l’« eutrophisation » des eaux douces et marines, c’est-à-dire notamment un développement anormal des algues. Le phosphore est ainsi à l’origine, avec les nitrates, de ces fameuses pollutions aux algues vertes qui viennent s’échouer régulièrement sur les plages bretonnes. Leur décomposition dégage de l’hydrogène sulfuré qui s’attaque au système nerveux et peut provoquer amnésie ou œdème pulmonaire, voire la mort en quelques minutes.v

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